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David Pagnon

Mon enterrement [partie 2]

Mon enterrement [partie 2]

Mon enterrement [partie 2]

 

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Mon enterrement [Partie 2]

La rencontre ici : https://david-pagnon.com/fr/mars-2016-partie-25/
Le récit des fiançailles là : https://david-pagnon.com/fr/fiancailles-a-prolongations/
Les vœux échangés lors du mariage sur cette pagehttps://david-pagnon.com/fr/nos-voeux-de-mariage/

Trop long ? La vidéo de l’enterrement de vie de garçon icihttps://www.youtube.com/watch?v=8Y_X0akSbPA

 Introduction

Partie 1 ici !

I. Ma fiancée est enlevée !

Partie 1 ici !

“Avec la technologie, ce sont les armes qui font la guerre, et non plus les humains et leur courage.” Auteur inconnu

 II. Trump s’oppose à notre union !

Mikaela a été enlevée par les sbires du président Trump. Il s’oppose à notre union ! Les raisons m’en échappent, et les terroristes qui m’accompagnent sont visiblement des sous-fifres qui n’en savent pas plus. Mais les faits sont indiscutables, rien ne sert d’épiloguer là-dessus. Il est temps d’agir pour sauver notre couple.

On me bande les yeux, on me fait tourner 7 fois ma langue dans ma bouche et 7 fois mon corps sur lui-même. On me fait marcher en équilibre sur une fine bordure, puis on me baisse la tête. Tout désorienté, je réalise soudain que je suis assis sur le siège arrière d’une voiture. Je suis confortablement installé entre deux geôliers aux gros bras, qui m’informent de la suite des opérations.

Commençons par la diplomatie : j’écrirai une lettre aux américains, pour les convaincre de m’aider à libérer ma fiancée et de bénir notre union. Cette lettre est de la plus haute importance. Non seulement mon couple, mais aussi les relations franco-américaines dans leur ensemble en dépendent.

Je dois donc laisser quelques signaux subliminaux dans le message, afin de convaincre le peuple américain de ma sincérité. J’y parsèmerai quelques mots soigneusement choisis par mes bourreaux, au nombre desquels figurent “Parcours”, “Parkour”, “Anticonstitutionnellement”, “Pommes”, et “Chauve”. Toute cette affaire est bien évidemment d’une logique à toute épreuve.

L’ensemble de la tâche, forcément, est à effectuer en 15 minutes, avec une musique insupportable dans les oreilles, dans une voiture qui prend des virages de montagne sans ménage, et les yeux parfois bandés. Je ne parle même pas des chatouilles – je ne suis pas encore prêt à révéler ma plus grande faiblesse au monde entier.

Mon seul réconfort, le karma. Je viens de manger un oignon, et je suis bien le seul à ne plus être incommodé par l’odeur. C’est quand même la première fois de ma vie qu’on ouvre la fenêtre pour échapper à mon haleine.

Bref, voici ce que ça donne. Rassurez-vous, moi non plus je ne considère pas ça comme l’ultime pièce de mon art scriptural.

Mon oeuvre, ma vie

 

Mes chers amis américains, compatriotes de ce beau terrain de jeu qu’est notre planète terre.

Notre situation n’est pas des plus faciles : un nouveau président a été élu dans vos contrées, qui ne fait pas l’unanimité. Puisque nous vous admirons, nous avons fait en sorte que nos élections promettent de belles controverses également ! Nous pensons à élire Marine avec son PARCOURS semé d’embûches, franchies sans même chercher à développer des capacités de PARKOUR. Pire encore, elle a fait son trou au moyen de manœuvres que je qualifierais d’ANTICONSTITUTIONNELLEMENT pas correctes.

En bref, notre situation est tendue, de quoi tomber dans les POMMES et s’en arracher les cheveux – au sens métaphorique du terme. Toujours est-il que CHAUVE ne veut pas dire chauvin, et que malgré toutes ces différences politiques et culturelles il me semble qu’une union maritale serait de mise pour apaiser le jeu franco-américain ! Pensez que deux jours après nous être dit oui (le 2 juillet), nous aurons tout le loisir de célébrer votre fête nationale en ce 4 juillet béni.

En espérant gagner la grâce de votre support,
Cordialement de tout cœur,

David Bell (Pagnon)

On arrive à destination. Quelle destination ? Aucune idée, j’ai les yeux bandés. On me fait encore tourner sur place, faire des roulades en descente, passer des obstacles, et moi qui me pensais perdu dans la plus sauvage des campagnes me retrouve dans une atmosphère confinée, carrelée et climatisée. Des voix inconnues circulent autour de moi. Mais qu’est-ce que je fais là ?!!

Ce que je fais là, c’est du parapente. Ah ! Eh bien pourquoi pas, je n’avais jamais tenté l’expérience, c’est un beau cadeau ! D’autant plus que ça tombe bien, ça me permettra de survoler la région pour repérer le QG des kidnappeurs et mieux lancer l’attaque fatale. Je suis plus que jamais motivé à sauver ma fiancée ! Alors que je pousse un misérable aboiement de frayeur lors du décollage, une inavouable réflexion traverse mon esprit. Si je peux faire du parapente à chaque fois que Mikaela se fait enlever, je devrais penser à organiser ça moi-même, régulièrement de préférence !

Ceci étant dit, l’heure est à ma mission actuelle, je dois me concentrer sur le paysage : j’y vois cascades, pins et chamois ; aigles et prairies, rivières. Mais pas trace du moindre QG. Le moniteur derrière n’en a pas la moindre idée non plus, à moins qu’il fasse volontairement de la rétention d’information. Un coup d’haleine d’oignon dans sa face n’y change rien, il ne lâche pas la moindre information. Je ne pousse pas la torture plus loin. Ma vie est entre ses mains.

Parapente à saint hilaire

Parapente à saint hilaire

Je rentre à la base aussi bredouille qu’émerveillé. C’était génial, mais pas trace de méchants. Mes acolytes, qui de terroristes sont passés à alliés par un tour de passe-passe déconcertant, n’ont quant-à eux pas perdu leur temps. Ils savent où diriger les recherches, savent où est séquestrée ma fiancée et savent comment la sauver. Mais Mikaela peut bien patienter quelques heures de plus : il est l’heure de manger. Et si je ne suis pas capable de préparer à manger, c’est que je ne suis pas prêt à me marier ; dès lors, sauver Mikaela n’est plus si important.

Je prépare donc des sandwichs pour tout le monde, ils doivent être beaux et prêts rapidement, et en silence. En silence, ou du moins la bouche fermée. J’ai beau continuer à manger quelques pommes en conséquence de mes menus écarts, mon haleine n’est toujours pas transcendante. En parlant de ça, mon oignon n’est toujours pas complètement fini. C’était un gros oignon.

Il va me falloir le manger jusqu’au bout… À moins que j’aille voir la fille qui pique-nique un peu plus loin, et que je lui demande d’embrasser mon crâne. Mes compagnons jouent quitte ou double : si je refuse, ils n’auront non seulement pas de quoi me faire chanter auprès de ma femme, mais ils devront en plus endurer à nouveau mon haleine de mort. La tension est à son comble alors que je pèse le pour et le contre. Mes amis sont pendus à mes lèvres (à distance, il reste quelques relents). Finalement, finir cet oignon est au-dessus de mes forces. Mikaela comprendra. Il est même probable qu’elle apprécie mon effort de rendre notre bisou de retrouvailles acceptable.

Je vais vers la demoiselle, tout gêné comme un petit enfant, je fais mine de ne pas la voir et je me dirige vers elle en diagonale. Elle perce mon jeu à jour assez rapidement : lorsque je suis à 5 mètre d’elle il est évident qu’elle me regarde avec curiosité, attendant une parole de ma part.

” Alors en fait, déjà il faut savoir que ce n’est pas mon idée. Et tu peux dire non si tu veux, mais dans ce cas je devrai manger un oignon cru et c’est pas cool. Mais en même temps, je suis pas sûr de vouloir me faire embrasser pendant mon enterrement.
– J’ai rien compris, mais je suis prête à tout !
– Prête à tout ?! Eh-là mam-zelle, faut pas exagérer là, je suis sur le point de me marier quand même ! Par contre si tu veux bien embrasser mon crâne ça fait plaisir.”

Elle s’exécute, un rien interloquée, pendant que je jubile de joie à l’idée d’être libéré de la malédiction de l’oignon.

” Merci mille fois, tu sauves mon haleine pour la journée !
– Eh bien écoute, ça m’a fait plaisir de te rendre service. Bonne journée !”

III. À l’assaut des kidnappeurs

Il est maintenant temps de plonger dans le cœur de l’action. On se trouve dans les ruines d’un hôpital abandonné situé au cœur de la montagne, non loin du QG des agresseurs et donc à portée de ma demoiselle en détresse. Le plan est vite élaboré. Nous manquons cruellement d’équipement : nous partirons donc à l’assaut de la planque d’armes des kidnappeurs, puis forts de ce nouveau matériel, nous attaquerons la base militaire où ma douce et tendre est incarcérée.

Je suis armé d’un pistolet d’airsoft, et ma cuirasse se limite à un treillis de camouflage accompagné de lunettes de protection. C’est sommaire, mais je ne devrais pas me plaindre. Mes deux alliés sont bien plus vulnérables encore puisqu’ils n’ont aucune arme ; c’est à moi de faire mes preuves après tout ! J’ai leur vie entre les mains, espérons que j’en fasse bon usage.

Tant au niveau du nombre que de l’armement, nous sommes sérieusement désavantagés ; heureusement la nature fait bien les choses, et il se trouve qu’on a la capacité de ressusciter autant de fois qu’on se fait tuer. Au contraire des ennemis, qui une fois qu’ils sont tués restent morts pour le reste de leur vie.

Nous courons et rampons dans les fourrés, alternativement rapides ou prudents, éclairs furtifs ou masses dormantes. Les chuchotements sont de mise alors que le moindre craquement de brindille pourrait nous trahir. Je tente de passer par la voie des airs et de progresser d’arbre en arbre. Je fais du bruit, je n’avance pas vite, et je suis obligé de redescendre tous les deux arbres. C’est complètement stupide, inefficace, dangereux. Il n’est plus temps de s’amuser.

On arrive enfin à portée du bâtiment, discrets comme la panthère. On cerne doucement les lieux, il n’y a toujours pas la moindre réaction. Soit nos ennemis se sont assoupis, soit ils ont abandonné leur poste. Soit, peut-être, ils nous ont repérés et attendent la moindre erreur de notre part pour nous tomber dessus.

La prudence est de mise. En langage codé on se met d’accord : chaque sortie, chaque pièce, chaque planque potentielle sera vérifiée méthodiquement. Il y a sûrement un piège, on ne voudrait pas se jeter dans la gueule du loup comme des bleus. Mes alliés avancent avec précautions, au même rythme mais un de chaque côté. Avec un peu de chance, si l’un se fait tuer l’autre sera hors de portée. Moi je suis derrière, je les couvre.

Les ennemis sont vraiment très discrets, la tâche est difficile et je crains pour les vies de mes camarades qui n’ont pas la moindre arme pour se protéger. On arrive finalement à la planque sans encombre. Pas d’ennemis, mais pas d’armes non plus. Les fumiers. Ils ont dû avoir vent de notre mission commando et changer de cachette ! À moins… À moins qu’on se soit trompés de bâtiment. Plus on y réfléchit, plus l’évidence s’impose. Quelques détails ne concordent pas, et puis il y a un autre bâtiment presque identique un peu plus bas.

Cette fausse frayeur nous a vidé de toutes nos réserves de prudence. La tension se relâche, on n’en a plus rien à faire. Et puis de toute façon, on peut mourir autant de fois qu’il le faudra, on devra juste respawn un peu plus loin. Pas de quoi fouetter tout un fromage. On garde un semblant de cohésion tandis qu’on court vers l’autre bâtiment, espérant prendre les ennemis par surprise avant qu’ils n’aient le temps de réagir. La discrétion n’est pas optimale mais on se doute que l’attente a érodé la patience des malfaiteurs.

Et en effet, d’abord tendus par le moindre bruissement suspect, assiégés par une menace invisible qui semblait les cerner sans jamais se manifester concrètement, ils ont fini par craquer. Nous les avons fait attendre bien trop longtemps. Ils nous ont complètement oubliés, certains profitent même du beau temps pour lézarder au soleil. Quelques habiles coups de pistolet plus tard, je me suis débarrassé de tous mes ennemis !

À l'attaque ! Photo non contractuelle.

À l’attaque ! Photo non contractuelle.

Maintenant mes alliés sont armés, et les choses sérieuses peuvent commencer. J’ai un AK-47 et des aficionados prêts à me suivre sans condition. Ma nouvelle puissance me galvanise, je suis prêt à dominer le game et à faire plier tous ceux qui se présenteront sur mon chemin, opposants comme alliés ! Il est évident que si ma fiancée avait des doutes, cette toute puissance souveraine va la séduire à tout jamais, et la pousser à se mettre à mon service ! Je suis l’empereur exalté ! Le chef suprême, libre de toute corvée de vaisselle et de ménage !

Rentrons donc dans le vif de mes sujets ! Rentrons-leur dans le lard mes braves ! On se bat comme des diables, ils se battent comme des larves. Je meurs une ou deux fois (pour me préparer à l’enterrement à venir), mais les ennemis ne peuvent pas soutenir notre charge impétueuse bien longtemps. On les terrasse rapidement. Comme chacun sait, la guerre est morale : nous gagnons, c’est donc nous qui héritons du titre de gentils.

Enfin j’ai accès à la cave dans laquelle ma fiancée est séquestrée ! Enfin je vais pouvoir délivrer l’élue de mon cœur ! Enfin elle va pouvoir se retrouver face à son héros ! L’appréhension dans la poitrine, je souffle un coup, je m’accorde une pause, et j’ouvre la porte. Je n’ose pas m’attendre au pire. J’espère que ces brutes l’auront épargnée.

Elle est là ! Elle est là ! Mais ce n’est pas elle ! C’est un ballon de baudruche inerte et maladroitement maquillé ! Ce n’est qu’une réplique bâclée ! Qui croyait-on berner de la sorte ? Comment pouvait-on penser que j’allais confondre mon rayon de soleil, ma fleur de printemps, ma pincée de sel avec cette stupide poupée désincarnée ?!

Mikaela, mon amour mon coeur ma baudruche

Mikaela, mon amour mon coeur ma baudruche.

Où orienter mes efforts après ce nouveau coup du sort ? Je cherche du regard le soutien de mes alliés qui ne pipent mot ; j’espère même que les ennemis abattus, témoins de cette criante injustice, vont plaindre mon sort du fond de leur mortel bain de sang.

Finalement, consternés par mon manque d’enthousiasme, mes amis me signalent que c’est bien ma fiancée qui se trouve là, que je l’ai délivrée pour de bon et que tout va bien. C’est une métaphore il parait. Je suppose que je suis heureux de l’avoir sauvée. Pour être tout à fait honnête, je suis un peu déçu également : dans mes souvenirs elle était plus sensuelle…

Je songe à la laisser croupir un peu plus longtemps ici, le temps qu’elle se refasse une santé. Et puis un petit syndrome de Stockholm permettra très certainement de donner un petit coup de boost appréciable aux prémisses de notre relation. On me fait comprendre que c’est une mauvaise idée, et que ballon de baudruche ou pas il me faut chérir ma future femme. Je suppose que je vais devoir me faire une raison. Mais j’espérais me marier avec un peu plus qu’une métaphore quand même.

IV. Suis-je prêt à être un bon mari ?

Par ici pour la suite ! Mardi prochain, partie 3.

V. L’enterrement

Par ici pour la suite ! Mardi prochain, partie 3.

VI. Les pommes

Par ici pour la suite ! Mardi prochain, partie 3.

Et pour ceux qui n’aiment pas lire, voici la vidéo de mon Enterrement !


 

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