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David Pagnon

Une nouvelle vie – Commentaire

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Une nouvelle vie – Commentaire

Commentaire de la « fiction horrible issue d’un cauchemar« .

Der Schrei, de Münch.

Der Schrei, de Edvard Munch.

 


Voici ma première nouvelle, une nouvelle horrible comme je détesterais en lire. Pourquoi est-ce que les meilleurs écrivains semblent-ils tous dépressifs? Faut-il être désespéré pour bien écrire? Ou suffit-il d’être désespéré pour bien écrire? Dans les deux cas, ma réponse est « Non, bien sûr ». J’ai lu récemment un recueil de nouvelles où l’auteur, que je ne nommerai pas, semblait avoir pour seul but de conclure ses histoires de façon dramatique. Le tout me semblait maladroit, mal écrit, et la débâcle bâclée. Pour quelqu’un qui aime les histoires simples et positives, également relativement exigeant au niveau du style et de l’intrigue, c’est insupportable… J’espère ne pas produire la même impression.

Toujours est-il que je me suis proposé d’écrire des fictions, et plus seulement de retranscrire mes aventures. Je n’ai aucune expérience en ce domaine, peut-être aucun talent. Jusqu’à la semaine dernière, je repoussais donc l’échéance à jamais. Cependant, un rêve m’a donné le moyen de palier à ce manque de motivation. Je me suis réveillé un matin, pour une fois en me rappelant de mon songe. Et je n’en était pas particulièrement heureux… Freud aurait dit, mon « surmoi » a laissé fuir une partie de mon « ça » vers mon « moi ». La conséquence, c’est que j’avais enfin de quoi faire une transition douce depuis mon style habituel vers la fiction. Au fond, pour peu qu’un rêve soit suffisamment captivant, il n’est ni une histoire vraie, ni une complète fiction. En quelque sorte, j’en reviens à retranscrire une fiction.

Voilà donc le rêve, ou plutôt le cauchemar: j’imaginais être avec un enfant, jouer avec lui en toute quiétude, et sans transition je réalisais qu’il était maintenant en train de mourir… Ce, entièrement par ma faute, parce que je l’avais laissé s’étouffer avec un objet en plastique. En me réveillant, gros malaise: je savais maintenant que ça n’était pas réel, mais je gardais le sentiment désagréable que ça aurait bien pu se passer. Les réflexions ont suivi.

Qu’aurais-je fait si ça s’était réellement passé? A l’évidence, d’une part j’aurais été complètement dépourvu, et d’autre part j’aurais sûrement écrit mes pensées, mes tourments et mes regrets. Cette fois cependant, j’aurais écrit non pas pour partager, mais davantage pour évacuer un dégoût de moi-même. Ce n’est plus du tout une péripétie amusante, il serait scandaleux d’en publier le récit. Pour autant, je pense qu’en tant que lecteur j’aurais aimé lire les dires d’un criminel, entrer dans ses pensées intimes pour mieux les comprendre. C’est parfait, bien que que mon rêve m’ait semblé réel rien ne s’est effectivement passé. Je peux donc écrire sans risque, tout en relatant des sentiments probablement assez justes.

Comment tourner ce texte alors? Dans l’éventualité où ça n’aurait pas été une fiction, je ne l’aurais en aucun cas fait pour me dédouaner d’un méfait dont je serais convaincu, mais plutôt pour être capable de passer des nuits sinon paisibles, du moins raisonnablement pénibles. Je n’aurais eu aucune envie de me faire plaindre, ou de mettre l’accent sur l’erreur humaine. Je détesterais me faire aimer pour un crime, ou du moins pour quelque chose dont je me sentirais coupable. Au contraire donc, j’exagèrerais mes fautes et mes défauts, en quelque sorte je me mortifierais en une forme de catharsis. Je consignerais là dedans tous tous mes actes manqués pour m’en débarrasser le cerveau.
Si ce n’est pas pour me dédouaner, peut-être écrirais-je comme le grand méchant que je ne pense pas être. A ce moment là, il serait encore plus catastrophique que des personnes tombent dessus. Bien loin d’être émus, il me prendraient pour un psychopathe. Au lieu d’émouvoir, je scandaliserais les foules. On verrait en moi un avatar de Breivik, le tueur d’Oslo qui a préparé son méfait 9 ans à l’avance et rédigé un manifeste de 1518 pages avant de passer à l’acte. Un psychopathe d’autant plus dangereux qu’il est pleinement conscient du ressenti des autres, du mal que causent ses actes, et qui pourtant est intimement convaincu de leur légitimité. Une personne totalement lucide, capable de « démontrer » logiquement qu’elle a raison.

Après quelques lignes d’écriture, la personnalité de mon personnage a évolué, pour se rapprocher de celui que j’aurais pu être si mes tendances personnelles avaient été plus prononcées. Ce personnage me semblait trop caricatural. J’ai donc préféré écrire le portrait dramatique d’un individu perdu, foncièrement bon mais complètement inadapté au modèle social propre à la majorité des êtres humains. J’ai essayé de me mettre dans la peau d’une personne extrêmement intelligente (pas la part la plus évidente), capable de raisonnements limpides et puissants; une personne totalement inapte à la vie en société cependant, dépassée par la complexité des relations humaines. Une personne pleine de volonté également, mieux encore de bonne volonté; ce qui rend l’issue de l’histoire d’autant plus cruelle. En d’autres termes, j’ai tenté d’écrire en tant qu’autiste, dans la peau d’un autiste. Il m’a fallu attendre la fin du texte pour me rendre compte que cette nouvelle était relativement proche du roman « Des souris et des hommes » de Steinbeck ; à la différence que j’ai choisi un point de vue interne plutôt qu’externe – et que je n’ai pas la prétention de me comparer à Steinbeck.

Cette écriture n’a pas été facile, non seulement parce qu’elle a été interrompue par divers événements qui m’ont fait sortir de mon rôle, mais aussi parce que le texte s’est avéré beaucoup plus long que ce que j’aurais imaginé. Et puis construire de toutes pièces un personnage complexe et crédible ne m’a pas semblé simple du tout. Pourtant, je n’en avais qu’un seul à gérer… J’ai en effet choisi de faire de l’enfant Marban (prénom irlandais d’origine celte signifiant « petit mort ») un être impersonnel tant qu’il est encore vivant. Le fait de le nommer ne lui attribue une identité – macabre – que lorsqu’il est trop tard.

Je comprends maintenant la douleur des écrivains qui produisent de longs romans, dont l’intrigue doit être à la fois surprenante et cohérente de bout en bout, avec des dizaines de personnages aux identités claires et complexes à la fois !

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