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David Pagnon

Interview RCF – Le sport au cœur de la foi

Interview RCF – Le sport au cœur de la foi

Interview RCF – Le sport au cœur de la foi

Interview RCF

Comme mon logo le laisse imaginer, je suis chrétien. C’est assez peu classique dans le milieu pour que Joël Thibaut, aumônier protestant du projet « Plus que sportif« , s’y intéresse et me propose une interview sur l’émission radiophonique  « Le sport au cœur de la foi » (RCF Alpha). Elle peut être écoutée ici. Et comme l’oral c’est pas trop mon truc, je l’ai retranscrite (et complétée) ci-dessous.

https://rcf.fr/actualite/david-pagnon-la-gloire-ephemere-de-ninja-warrior-sur-tf1

Qu’est ce que le parkour pour les non initiés?

Pour que l’image soit claire, soyons visuel : le parkour, le freerunning, ou l’art du déplacement, c’est ce qu’on a vu dans les films Banlieue 13 et Yamakasi, ou dans le jeu Assassin’s Creed.

Pour aller plus loin, le Parkour c’est courir, sauter, grimper… et jouer. Jouer, ou « se jouer » des obstacles, qu’ils soient physiques ou mentaux. S’en jouer comme le ferait un enfant qui se mettrait debout sur le meuble pour atteindre le placard à bonbons. Un enfant ayant les capacités d’un adulte, qui seraient soit augmentées (la vingtaine surentraînée) soit diminuées (par l’âge, le handicap ou le manque d’activité). Mais surtout, un enfant qui conserverait son regard à la fois curieux, enthousiaste et sans préjugés, sur une architecture souvent morne et inexploitée.

Comment avez-vous découvert cette pratique physique et pourquoi vous y êtes vous investi?

J’ai été enfant vous savez ? Comme tout le monde, j’ai donc toujours connu le parkour malgré moi. J’en ai cependant découvert une nouvelle dimension en classe préparatoire scientifique. Alors que j’explorais tout ce que je pouvais de l’internat en dormant sur le toit, en traversant les bâtiments par les bouches d’aération, en passant mes récréations à faire de la corde à sauter dans la cour et de l’équilibre sur les balcons, on m’a dit que s’il y avait un sport fait pour moi, ce serait bien le parkour. J’ai essayé, c’était bien vrai ! L’esprit d’aventure, de découverte et de défis physiques, les valeurs de partage et d’entraide, tout cet ensemble m’a happé et ne pas pas relâché depuis.

J’ai eu la chance de rencontrer de bonnes personnes depuis mes début, j’ai donc pu m’impliquer progressivement dans l’association grenobloise, puis dans la fédération nationale où je suis secrétaire adjoint, et à d’autres occasions en conduisant des recherches sur les motricités de la discipline, et depuis quelques années en en faisant mon métier en tant qu’artiste de Parkour/cirque/théâtre

 

Sur votre site internet http://david-pagnon.com, il y a une citation de la bible qui fait référence à l’équilibre. Pouvez-vous nous expliquer le choix de cette citation?

Je suis globalement passionné de tout, c’est un fait. Mais je me suis rendu à l’évidence : on ne peut pas tout faire, et tout faire bien. J’ai limité mes intérêts du moment à 3 domaines, que je concilie plus ou moins bien : le Parkour, la recherche scientifique, et l’écriture. Et par ailleurs, la foi est un élément fondamental de ma vie.

J’ai donc créé un logo qui reprend tout ça : un mouvement de Parkour en filigrane, avec un squelette calqué dessus tiré d’une simulation biomécanique, et du texte en surimpression. Ce texte, c’est un verset de la Bible, tiré de la premiere lettre aux Corinthiens, chapitre 10 verset 12 : « Que celui que est debout prenne garde de ne pas tomber ».

C’est lorsqu’on est le plus sûr de soi que la chute nous attend. Ça a du sens à la fois en Parkour où la chute peut-être dangereuse, et à la fois d’un point de vue philosophique où la recherche de gloire me semble néfaste autant que futile. Un autre verset tiré des proverbes de Salomon (Prov. 18:12) serait « L’orgueil précède la chute, mais l’humilité précède la gloire« .

Quelle place a la bible dans votre vie?

Je suis chrétien, et comme tout dangereux fanatique qui se respecte, je lis régulièrement ce livre. Il m’en apprend sur ma relation avec Dieu, sur Dieu lui-même, sur moi aussi. La bible guide mes prières, ma vie, m’aide à relativiser dans les épreuves, et à tenter de reproduire tout l’amour que j’y trouve.

Comment êtes-vous devenu chrétien?

Je ne suis pas vraiment devenu chrétien, je l’ai toujours été. J’essaie actuellement d’arrêter, merci. Mais ce n’est pas facile lorsqu’on a été conditionné si longtemps : j’ai senti le soutien de Dieu tout au long de ma vie, en particulier lorsque mon père est mort dans des conditions dont je ne parlerai pas, lorsqu’une amie de classe s’est donnée la mort sans crier gare, et lors d’autres infortunes plus personnelles. Je connais le soutien reçu par ma mère qui l’a sauvée de la drogue et de la dépression, je sais qu’elle a élevé 5 enfants en bas âge, seule et sans revenus, avec en prime de la nourriture sur la table tous les jours et une excellente éducation. J’ai personnellement eu tant de réponses à mes prières ou de retournements de situations improbables, que j’ai le plus grand mal à lâcher la foi. Qui sait, peut-être que ça ne vaut pas le coup ? Peut-être que Dieu m’accompagne vraiment ?

Histoire de me rappeler régulièrement que j’ai besoin d’aide, j’ai donc fort logiquement demandé à Dieu de me fournir mon mot de galères hebdomadaires. Je n’ai pas de témoignage de conversion impressionnant, mais sans pouvoir le démontrer, je sens, je sais que Dieu est là !

Cet été vous avez participé au grand jeu sur TF1 Ninja Warrior, quel souvenir en gardez vous?

Je suis allé à Ninja Warrior avec absolument aucun objectif, ce qui m’a permis d’être affranchi de toute pression jusqu’en finales. Je fais partie de ceux qui ont atteint le buzzer des séries et des demi-finales, avec par ailleurs les meilleurs temps et sans forcer le moins du monde, presque par surprise. Ça a fait de moi l’un des favoris, ce à quoi je n’étais pas prêt du tout. J’ai commencé à prendre le défi au sérieux, à être moins imperméable à la tension, à devoir enchaîner les interviews. À peu près à mi-parcours en finale, je me suis précipité et je suis tombé bêtement. J’en parle plus dans l’article ci-dessous.

 

Dans l’ensemble l’expérience était sympa, mais vraiment je trouve qu’il y a beaucoup trop de foin pour un effort de 5 minutes par soir 3 soirs de suite ! J’étais en lune de miel lors de la diffusion sur TF1, je pensais donc être épargné par les retombées de l’émission. C’était sous-estimer le pouvoir de la télé : j’ai été instantanément submergé par une marée incroyable de mails, textos, messages et appels – aucun d’entre eux n’étant à visée professionnelle, m’enfin les échanges étaient intéressants. La plupart ont aimé l’humilité que j’y ai démontrée, mais paradoxalement être félicité pour son humilité n’aide pas à la garder !

On me présente maintenant souvent comme « le chauve en sarouel de ninja warrior ». Aucun problème avec « le chauve en sarouel », par contre j’ai du mal à me faire définir par mon expérience si brève à ninja warrior, fut-elle télévisuelle. Et puis pendant ce mois de juillet, était-ce pour mon mariage tout neuf ou pour mon apparition à la télé qu’on me félicitait ? Est-ce que l’un n’est pas plus important que l’autre ?! C’est la télé, avec tout ce que ça a de plus excessif : une starificarion des participants, pour leur faire passer la pilule d’être si mal traités. Heureusement, 3 semaines plus tard j’étais retombé aux oubliettes.

Ce parcours d’obstacles, ce star système, je ne connaissais pas encore. C’est une nouvelle expérience et je m’en suis plutôt bien sorti, que demander de plus ? Et puis bien que je ne comprenne pas, les gens y associent une valeur qui rejaillit sur moi. Après tout, je ne peux qu’en être fier !

Un Ninja de l’ombre sous les feux de la rampe [1]

Quelle leçon en tirez vous pour votre vie?

Ninja Warrior a beau être une émission de franchissement d’obstacles, ça n’a rien à voir avec le Parkour. D’abord les obstacles sont tout ce qu’il y a de plus artificiels et invraisemblables ; ensuite, le succès de la télé est autant excessif qu’éphémère. Au contraire, l’une des valeurs clés du Parkour est « être et durer » : rien ne sert de briller aujourd’hui si c’est pour s’en brûler les ailes et être cramé demain.

Le parkour m’a attiré en partie parce que j’y ai retrouvé ce que j’aime dans la bible : l’entraide, le partage, l’humilité, le respect des autres et de l’environnement, le goût de l’effort et du sacrifice… Ne manque plus que Dieu ! Tout cela, je ne l’ai pas retrouvé dans Ninja Warrior. En revanche, j’y ai appris beaucoup de choses et découvert un autre  monde. Ce genre d’émissions ne doit pas être un objectif, mais elle peut être un outil !

En quoi le parkour vous aide à mieux comprendre la foi chrétienne ?

Hum, là spontanément j’ai du mal à répondre. En revanche après réflexion écrite, pas mal de parallèles se sont révélés ! Merci Joël Thibault de m’avoir fait parvenir les questions avant l’interview… [NB : c’est plus clair ici – et plus long – ici que dans l’interview. J’ai eu du temps pour y réfléchir après coup.]

Le premier exemple qui me vient en tête est lié au verset de mon logo, « Que celui qui est debout prenne garde de ne pas tomber« . Que ce soit en parkour ou dans la vie, l’orgueil précède la chute. Mais dans la bible, on parle aussi d’une autre chute, celle de l’humanité toute entière. Adam et Ève avaient toute liberté dans leur paradis terrestre, à l’exception d’une seule règle qu’ils devaient suivre. Évidemment, ils l’ont enfreinte. La sentence était claire et irrévocable, ils se sont exilés et nous ont précipité avec eux dans le monde imparfait et fermé à Dieu que nous connaissons. C’est ce qu’on appelle la chute. Contrairement au parkour, cette chute on ne peut pas l’éviter. Elle appartient au passé, et on en subit encore les séquelles.

Ça va être long, voici une pomme pour vous donner du courage !

Ça va être long, voici une pomme pour vous donner du courage !

Bien entendu, Adam est aussi coupable qu’Ève ; et la vérité c’est que vous et moi, nous le sommes tout autant : on n’aurait pas mieux agi à leur place. C’est notre nature, et c’est pourquoi il y a tant de mal dans le monde. Maintenant, pourquoi est-ce que c’est notre nature ? Si Dieu est tout-puissant, pourquoi ne nous a-t-il pas fait plus parfaits et moins sensibles à l’attrait du côté sombre de la force ? C’est un vaste sujet, mais les chrétiens s’accordent en général pour dire que Dieu nous a voulu libres, libres au point de pouvoir aussi choisir le mal.

Ce qui est important, c’est que dans l’état actuel des choses, on a le plus grand mal du monde à choisir le bien. Il y a un obstacle infranchissable à notre envie de faire le bien, une incapacité intrinsèque à notre nature. Cet obstacle qui nous empêche de faire le bien, c’est précisément cette chute, cet éloignement de Dieu. D’ailleurs Dieu, on en parle beaucoup mais c’est qui, c’est quoi ? On se dit alternativement « ouais ça serait cool qu’il existe mais les croyants sont perchés tmtc », ou « sans Dieu on n’aurait pas eu les croisés, la guerre en Irak ni Daesh ». Et en admettant qu’on cherche à en savoir plus, il reste hors d’atteinte par nos pauvre moyens. Même en faisant tous les efforts du monde et en ayant une morale irréprochable.

Autre question, pourquoi vouloir faire le bien malgré notre propension à choisir le mal, pourquoi vouloir être pardonnés ? Parce qu’on a beau avoir une nature coupable, on aspire tous à être de meilleures personnes dans un monde meilleur. Jésus dit « Veillez et priez, car l’esprit est bien disposé, mais la chair [c.à.d. notre nature humaine] est faible. » (Marc 14:38). L’apôtre Paul va même plus loin et s’exclame « Quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi. […] Qui me délivrera de ce corps de mort ?! » (Rom. 7:21).

Il nous faut accepter l’évidence, on a besoin d’aide. Comme devant un grand mur qu’on ne peut franchir que grâce à l’appui que nous offre notre pote, comme devant une traversée de façade impossible sans être plaqué sur la paroi par un ami de confiance. Et sortir de ce cycle n’est pas possible sans que les conséquences de nos actes soient assumées d’une façon ou d’une autre. Manque de pot, demander pardon n’a pas toujours été suffisant, il fallait quelque chose de plus concret. Le peuple juif sacrifiait donc des animaux purs, qui endossaient cette responsabilité et étaient sacrifiés à leur place.

Dieu, ayant prévu que ça deviendrait à terme compliqué pour les végans (et pour les non-juifs), a décidé de frapper un grand coup. Il a proposé un pacte autant révolutionnaire que salutaire, qui marque le passage de l’ancienne alliance (ou ancien testament) à la nouvelle alliance. Si on ne peut plus faire de sacrifice, et qu’il est impossible de passer outre le couperet de la justice, pourquoi ne pas se sacrifier lui-même à notre place ? Dieu s’est donc séparé d’une partie de lui même qu’il a réduite à une forme humaine – mais pure -, qu’on connait mieux sous le nom de Jésus. Et il a fait le sacrifice ultime, sa propre crucifixion. Épreuve incroyablement douloureuse physiquement, mais encore bien plus lourde spirituellement, puisqu’il a pris la responsabilité de tous les crimes de l’humanité entière, tous lieux et tous temps confondus. Ce qui fait un sacré paquet de milliards de personnes ayant chacune failli un sacré milliard de fois. Ne nous reste plus qu’à accepter le cadeau, à dire merci, et à récupérer le bonus qui vient avec : une relation intime avec Dieu.

On reste faillible et la vie n’en devient pas pour autant toujours rose. Il reste des épreuves, mais ce sont aussi les épreuves qui rendent la vie intéressante ! Encore une fois, la bible même le confirme dans la lettre de Paul aux romains : « Nous nous réjouissons même dans nos détresses, car nous savons que la détresse produit la patience, la patience produit la résistance à l’épreuve, et la résistance l’espérance. Cette espérance ne nous déçoit pas, car Dieu a répandu son amour dans nos cœurs. » (Rom. 5:3-5).

Pour résumer, à l’origine se trouve la chute et l’éloignement de Dieu. Cet éloignement est l’obstacle qui conduit à un monde imparfait peuplé de personnes imparfaites. On aspire pourtant à un monde meilleur sans en être capable. On a donc besoin d’une aide, qui consiste en ce sacrifice ultime qui nous permet d’être graciés et de restaurer notre relation avec Dieu. Les épreuves sont toujours là, mais elles sont moins solitaires. Chute, obstacle, aide, épreuves, c’est du parkour !

Vaste mythologie vous me direz ? Je répondrai que s’il y avait une preuve de l’existence de Dieu (ou de sa non-existence d’ailleurs) on le saurait, et je ne pourrai pas vous convaincre. En tout cas moi j’y crois !

Vous considérez vous en mission pour briller pour Dieu dans ce type d’évènement?

Mission je ne sais pas, j’ai du mal avec ces termes d’évangélisation, qui me sonnent agressifs comme le serait « islamisation » à nos oreilles. Je pense qu’il est important de partager ma foi cependant, dans ce monde où on n’a pas de référence ni de certitude. La plupart des gens n’a aucune idée de ce qu’une relation avec Dieu peut être concrètement. Je reste pourtant un peu trop timide à ce niveau là, peut-être des restes de l’époque où je n’avais aucun pote chrétien et où être croyant, c’était être stupide… La foi n’est pas toujours facile à assumer quand le moindre mot à consonance spirituelle place votre interlocuteur sur la défensive. Mais c’est me chercher des excuses, en réalité il me semble que les gens sont de plus en plus ouverts, ils réalisent qu’il restera toujours des questions non résolues par la science !

Toujours est-il que j’ai essayé de parler de ma foi et de la bible lors des interviews pour Ninja Warrior, mais ça n’a pas du tout marché : « on ne va pas parler de la bible quand même, tu imagines !? Je ne sais pas, parle de ta bonne étoile, ou du destin ! » Merci mais rien à voir avec le sujet. Je n’ai pas cédé, mais forcément ça n’a pas été diffusé. Reste un espoir, peut-être que cette foi peut rayonner par l’attitude autant que par les mots ? Ce serait bien pratique puisque je ne suis pas très à l’aise à l’oral.

Quels sont vos projets futurs?

J’aimerais réussir à enfin décrocher l’intermittence. Je travaille beaucoup gratuitement, ce qui n’aide pas à s’en sortir financièrement. J’aimerais m’investir dans une nouvelle création de spectacle personnelle. Potentiellement, j’aimerais aussi publier un livre sur mon retour du Liban en autostop (et en tente, et en hiver), tellement chargé de péripéties que ça en est surréaliste. Ou un autre livre, parce que j’aime écrire et qu’on me dit que certains pourraient être intéressés.

Si rien de tout ça ne fonctionne, il faudra probablement que je me résolve à un train de vie plus classique. Je viens de me marier et je n’ai pas envie d’entraîner ma femme dans des galères qu’elle n’a jamais demandées. Mais j’avoue que je n’ai pas envie de lâcher si vite toutes mes passions et tous mes projets.

Toute proposition sera bienvenue !

 

 

 

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