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David Pagnon

Fâcheux contrecoup pour finir

Fâcheux contrecoup pour finir

Fâcheux contrecoup pour finir

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Fâcheux contrecoup

C’est donc parti pour cette intense semaine Toulousaine, où je suis accueilli par un mal de crâne discret mais persistant. Personne ne le saura. Je me suis toujours vanté de ne jamais avoir eu mal à la tête de ma vie, c’est là le dernier bastion de ce que je pensais d’unique en moi qui dépose les armes… Il me faudra quelque temps avant de me sentir prêt à l’assumer publiquement.

Par ailleurs, avec toutes ces personnes à voir et mon envie d’avancer mes projets, l’organisation est si compliquée que je sais plus où donner de la tête et je ne comprends plus rien à mon emploi du temps. Quand un de mes oncles me propose d’aller boire un coup avec mes cousins, j’accepte sans trop réfléchir. On était parti du principe qu’on ne pourrait pas se voir cette fois-ci, autant sauter sur l’occasion !

Je viens de les rejoindre et de leur taper la bise, je suis sur le point de m’asseoir, quand mon téléphone se met à sonner. Un appel Skype de la part de 16 personnes…

 » C’est quoi ce délire !?? me questionné-je en mon fort intérieur.

– Attendez les gars y a un truc trop bizarre, j’ai 16 personnes qui m’appellent en même temps là ! dis-je tout haut.

– Mais c’est Loïc, Sid et tout le comité directeur de la fédération ! Qu’est-ce qu’il leur prend ? le dialogue intérieur s’emballe.

– OH PUNAISE !! Nooooooon ! Mais pourquoi suis-je si stupide !!? »

Mon fort intérieur, pris à l’assaut, est bien ébranlé. Il n’y a qu’à en juger par l’emploi du terme « punaise », réservé aux graves situations.

 » Qu’est-ce qu’il se passe ?

– Bon. J’ai un problème. Un GROS problème. La réunion du comité directeur de la fédération de parkour vient de commencer. Je n’ai aucune idée de comment j’ai pu oublier ça, mais le fait est que j’ai bel est bien zappé. Je suis vraiment stupide quand je m’y mets. »

Je réfléchis quelques secondes, avant de proposer.

 » Ok. Je vais mettre mon kit mains-libres, essayer de suivre la réunion sur mon portable, et je communiquerai par écrit. De toute façon mon micro ne marche pas, alors à moins de vous quitter je n’ai pas le choix. Et vous êtes venus ici pour moi, je ne peux pas vous lâcher non plus. Je suis stupide. »

Tout va bien, je suis !

Tout va bien, je suis !

Tant bien que mal, j’essaie de suivre à la fois la réunion et la conversation au bar, et de participer aux deux par des remarques, idées et suggestions cohérentes et à propos, d’un ton détendu. Délicat, pour ne pas dire laborieux. Plus encore avec la conjonction des réparties qui fusent dans les deux conversations comme des balles de mitraillette, du bruit ambiant, et du réseau qui peine à suivre.

J’ai l’impression d’être à la place du mec bourré qui tente de faire croire qu’il est sobre alors qu’il sent l’alcool à trois kilomètres. Je tente de créer une illusion d’écoute totale et attentive alors que je n’ai qu’une demi-moitié de cerveau disponible – l’autre moitié étant naturellement absente pour cause d’excursion dans les nuages.

Il faut croire que je ne m’en sors pas si mal, puisque je suis élu secrétaire. Ce qui est probablement à mettre au crédit de mon travail des précédentes années, plus que du fait de cette prestation honteuse. Quoi qu’il en soit, j’en sors épuisé, alors que j’étais déjà bien fatigué.

Je rentre à vélo chez ma sœur dans un état second, j’ouvre la porte sans faire de bruit, je ne prends pas le temps de manger ni de me déshabiller, je cours aux toilettes avant que l’attraction du lit ne me vainque, pour enfin lâcher la pression et m’y laisser catapulter. Je roule sous les couvertures, dont la voluptueuse douceur me laisse le sourire aux lèvres.

Et, rien. Rien du tout, pas la moindre once de sommeil ne vient même tenter d’enlever mon esprit. Morphée fait la tête et me refuse ses bras. J’ai froid, puis chaud, puis à nouveau froid. J’essaie de trouver le sommeil dans les positions les plus improbables, une jambe sur le mur et un bras tendu au dessus de la tête, ou à quatre pattes avec un bras sous le lit, je me livre à des expérimentations invraisemblables pour un résultat peu convainquant.

Je tente de dormir par terre pour retrouver les vieilles habitudes. Rien n’y fait, je ne dors presque pas de la nuit. Cette mascarade au bar m’a achevé, je crois bien que je suis tombé malade. Ce n’est pas le moment… Il va me falloir récupérer rapidement, la semaine prochaine j’ai encore une autre période de spectacles !

Un jour après, tout va déjà bien mieux. Mais revenons au thème des mes pérégrinations sans repos. Je l’ai déjà dit, de fin janvier à mi-mai je ne rentre à Grenoble que quatre jours. Quatre jours sans électricité, que je ne passe donc pas chez moi. Décidément, heureusement que j’ai des squatteurs prêts à investir les lieux ! Autrement autant rendre mon appartement…

Par ailleurs, malgré tout cela, une bonne partie de ces beaux (et épuisants) projets ne sont pas toujours payés, je ne suis pas même assuré. Toutes ces heures ne sont donc pas comptabilisées, et celles qui le sont ne représentent pas un total suffisant pour obtenir le statut d’intermittent du spectacle et m’assurer un train de vie un rien moins précaire. La vie est dure dans le milieu de la culture, toute ma famille peut en témoigner. Il ne nous reste que la citation de Manu Larcenet pour nous consoler : « Le bourgeois n’a d’autre rêve que de posséder, alors que l’artiste n’a d’autre possession que ses rêves ».

 

Les choses simples…

Cette dernière résidence se passe plutôt bien, spectacle compris. Avant de rentrer (ENFIN !!) chez moi, je dois toutefois honorer ma promesse et rendre visite aux traceurs de Carcassonne. Comme chaque rencontre, celle-ci est bien sympa, fatigue ou pas. Ceci étant fait, il me faut prendre le train pour Grenoble. Bien évidemment, ça ne pouvait pas se passer simplement.

Je loupe le train. Pire que ça, je prends le mauvais train, qui part dans l’autre sens. Dès que je réalise mon erreur, je descends en toute précipitation. Ce qui n’est peut-être pas la meilleure idée du monde : la gare est minuscule, elle est fermée, presque aucun train ne passe. Je dois donc attendre deux heures dehors dans le froid. J’échange le billet, qui me coûte 20€ de plus.

Un peu de repos, s'il vous plaît !

Un peu de repos, s’il vous plaît !

La fatigue n’aide pas à apprécier l’expérience. L’attente est rendue d’autant plus difficile que mon retour s’est bien fait attendre, et semble reporté. A mesure que l’échéance s’approche et que la délivrance semble être à portée, invariablement elle se dérobe brutalement… Un désagréable supplice de Tantale. La lumière au bout du tunnel n’est finalement qu’un néon blafard, l’oasis au milieu du désert rien d’autre qu’un nouveau mirage, un rêve auquel j’ai eu une fois de plus la faiblesse de croire.

Il faudra qu’on m’explique comment font les gens normaux pour avoir des voyages tranquilles. Aujourd’hui, je ne prends pas la vie avec philosophie. Et pour une fois, tâcher de réaliser que je suis en bonne santé, 28 ans et toutes mes dents, pas un seul membre dont déplorer l’absence, un crâne chauve mais éblouissant, ne fonctionne pas. Tous ces faits indéniables ne réussissent pas à me sortir de ma morosité.

Toujours est-il que contre toute attente, je finis par arriver chez moi. Cinq heures plus tard que prévu, après minuit, mais j’y suis. Et surprise inestimable, je peux allumer ma lampe et profiter de l’électricité ! Je ne tarde pas pour autant, je laisse tous mes bagages en vrac et je m’apprête à passer une nuit jouissive où je dors de tout mon soûl.

Le lendemain je vois la famille, les amis, je m’allonge dans l’herbe verdoyante sous le soleil printanier… C’est là que je réalise qu’enfin, je suis chez moi pour de bon. Rien n’est pressé, je peux passer la journée allongé ici si je veux, ou me poser sur mon toit, ou seul dans la montagne ; je peux cuisiner également ! Je n’ai rien à organiser ni rien de physiquement difficile de prévu. Une sensation impossible à décrire.

Des bouffées de bonheur m’envahissent et je m’émerveille tout seul, un sourire niais au visage.

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